Vincent Philippe Le Mans

Vincent Philippe : « Notre force c’est de penser endurance »

Vincent Philippe, pilote de la Suzuki n°1 du SERT réagit à son élection de meilleur pilote de l’année et revient sur sa saison 2014 à travers une interview.

À l’occasion des Endurance Gazzinfo Awards, les internautes vous ont élu meilleur pilote de l’année. Qu’est-ce que cela vous inspire?

« Cela me fait très plaisir. Je pilote depuis un paquet d’années maintenant (ndlr : Vincent a débuté la compétition en 1992) et je pense qu’en m’élisant les internautes ont voulu mettre en avant mon histoire avec ma blessure qui m’a éloigné des circuits durant quatre mois. Je suis revenu au plus haut niveau et à l’arrivée des 24 heures du Mans, il y avait beaucoup d’émotion. Les gens l’ont ressenti et c’est une reconnaissance que j’apprécie. »

2014 a été une année de souffrances?

« J’ai d’abord connu une période compliquée personnellement. Ensuite, sans le vouloir, j’ai fait des erreurs sur la moto. Avec l’arrivée de la nouvelle Kawasaki et d’autres machines comme les BMW et Honda, on s’est mis à bloc mais en performances nous étions à la traine. C’était une véritable souffrance mécanique. Ensuite il y a eu ma blessure du Bol d’Or. J’ai cru que je n’allais jamais m’en sortir et j’ai failli tout arrêter. Mais comme je suis quelqu’un qui va toujours de l’avant, le mental a vite pris le dessus. Au Mans, je n’étais pas à 100% mais j’ai fait le job. »

Votre blessure, est-ce désormais un lointain souvenir?

« C’est difficile d’effacer une blessure comme celle-ci (ndlr : commotion et fracture du poignet avec affaissement du cubitus). Aujourd’hui, je n’ai plus de douleur. J’ai subi une troisième opération après les 24 heures du Mans. Je reprends de la force dans tout le bras et je m’entraîne tous les jours. Je rattrape le temps perdu. »

Avec le SERT, vous avez remporté les 24 heures du Mans en pensant endurance. Est-ce, pour votre équipe la seule façon de gagner face à une concurrence qui engage des machines technologiquement plus évoluées ?

« Je pense que oui. Pourtant, aujourd’hui, les courses d’endurance sont de longues courses de vitesse. Sur chaque relais, nous sommes pratiquement à 100% parce que la mécanique, les pneus, tout le permet. Avec le SERT, nous devons jouer sur notre expérience et ne pas courir après tous les lièvres. Mais il ne faut pas s’en éloigner. Notre force c’est de penser endurance. Pour les pilotes comme moi ce n’est pas évident. Il faut garder ses esprits et accepter de lâcher quelques dixièmes. »

 Les passionnés d’Endurance étaient habitués à voir le SERT gagner mais depuis trois saisons, les victoires se font plus rares. Avez-vous une explication à cela?

« L’équipe a beaucoup été copiée notamment dans les stands. On a voulu suivre le rythme de la Kawasaki et de la BMW. On aurait pu gagner plus mais à un moment nous en voulions trop. C’est un excès de confiance qui nous a fait faire des bêtises. Il faut du temps pour se remettre en question mais sur 24 heures, nous restons l’équipe à battre. Depuis Oschersleben notre moto est équipée du traction control. Nous sommes un peu déçus car on pensait que ça nous aiderait plus en performance pure. Nous devons encore le mettre au point mais en 2015 nous pourrons rivaliser. »

Lorsqu’on cumule déception, malchance et blessures, n’a t-on pas envie de s’offrir un nouveau challenge?

« Ce que je ne peux pas supporter c’est de mettre mon équipe en péril. Plusieurs fois je me suis demandé si je ne devais pas quitter Suzuki ou arrêter mais une fois sur le moto je prends du plaisir. Et lorsque il y a la victoire au bout, ça décuple le plaisir . Je ne peux pas m’en passer. J’aurais pu changer de team à plusieurs reprises. Ce que je veux c’est me sentir à l’aise dans une équipe et au SERT, c’est le cas. Alors pourquoi quitter ça? Puis j’aurais l’impression de trahir Suzuki. En revanche à l’issue de ma carrière sur piste, mon souhait est de participer au Dakar. J’étais terriblement jaloux de Matthieu Lagrive lorsqu’il y est allé. L’aventure, ça me plait. »

Le calendrier 2015 du championnat du monde d’Endurance pourrait compter deux ou trois épreuves supplémentaires. Selon vous, est-ce une bonne chose?

« Nous l’attendons tous. C’est difficile de gérer un championnat qui comporte seulement quatre épreuves. Cela ne laisse aucun droit à l’erreur et il faut répondre présent sur toutes les courses. Ajouter des épreuves au calendrier valoriserait le championnat. De plus l’Endurance n’est pas assez médiatisée. Avec une épreuve de temps en temps, on perd le spectateur. Cela montre également qu’une fédération comme la FIM n’est pas capable de promouvoir un championnat même s’ils font des choses bien. Pour le moment nous n’avons pas de calendrier précis. Je suis méfiant. »

Nous remercions Vincent Philippe pour sa disponibilité. Retrouvez les résultats des Endurance Gazzinfo Awards ici.

Mickael Choplin

Fondateur de GazzInfo

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